texte de Marion Delage de Luget
paru dans le catalogue de la Jeune Création 2012

Le travail de Benoît Géhanne consiste à mettre en place des conditions venant contrarier toute immédiateté de lecture. Il produit des images – peintures, dessins, photographies –, puis enraye les mécanismes qui favoriseraient leur réception. Ceci non en manipulant l’image elle-même, mais en travaillant son contexte de présentation : ce sont donc les conventions de format, de modalités d’exposition, de projection, d’accrochage, qui constituent la matière de ses recherches.

Ainsi, lorsqu’il encadre ou contrecolle ses images sur métal : la marie-louise est décentrée, réduite à un unique biseau ou basculée pour n’être plus parallèle au cadre, ou encore la plaque d’aluminium déborde largement. Benoît Géhanne joue du parergon , cet espace matériel et symbolique qui borne l’oeuvre ; il travaille ce point de rupture au-delà duquel l’image et son cadre/support ne constitueraient plus un objet spécifique, autonome.

Comme lorsque, délaissant le cadre, ses peintures et dessins se déploient directement sur le plan du mur. Ces propositions empruntent aux motifs décoratifs – papiers peints, carrelages -, manière de ramener dans le white cube un autre contexte, et de jeter le trouble sur son apparente spécificité.

Avec ces pièces, Benoît Géhanne exagère les contraintes de réception. Il déplace le point de vue : force à regarder non plus en face mais vers le haut ou le bas, en biais au fond d’un angle aigu - le geste indexant la façon dont les artifices d’exposition orientent le regard, permettant alors d’éprouver son caractère construit.